Pourquoi la proportionnalité est difficile
La proportionnalité demande de comprendre qu’une quantité varie « au même rythme » qu’une autre : deux fois plus de personnes, deux fois plus de farine. Il faut garder deux suites de nombres en tête, choisir une stratégie (doubler, partager, passer par 1) et calculer. Pour un enfant dyscalculique, souvent fragile en multiplication et en mémoire de travail, la « règle de trois » appliquée mécaniquement n’a aucun sens. Lire aussi aider un enfant dyscalculique.
Les signes à repérer
- L’enfant ajoute au lieu de multiplier (4 personnes → 6 personnes : + 2 g de farine).
- Il mélange les deux lignes du tableau.
- Il applique une formule sans savoir pourquoi.
- Il pense que toutes les situations sont proportionnelles.
- Il ne vérifie pas si sa réponse est raisonnable.
Étape 1 : une vraie recette
Rien de mieux qu’une recette réelle pour commencer : une pâte à crêpes pour 4 personnes demande 200 g de farine. Pour 8 personnes, on fait deux fois la recette : 400 g. Pour 2 personnes, on en fait la moitié : 100 g. En cuisinant vraiment, l’enfant voit que tous les ingrédients doublent ou sont partagés ensemble. Lire aussi les doubles et les moitiés et la dyscalculie.
Étape 2 : le tableau fléché
On range les nombres dans un tableau à deux lignes, avec une couleur par ligne. Des flèches en couleur montrent le passage d’une colonne à l’autre : « × 2 » ou « ÷ 2 », toujours appliqué aux deux lignes.
| Personnes | 2 | 4 | 8 |
|---|---|---|---|
| Farine (g) | 100 | 200 | 400 |
Quand on double le nombre de personnes, on double la farine : la même flèche s’applique en haut et en bas.
Étape 3 : doubler, partager, additionner
Les stratégies les plus simples suffisent souvent : doubler, partager en deux, et additionner deux colonnes. Pour 6 personnes, on additionne les colonnes de 2 et de 4 personnes : 100 g + 200 g = 300 g. Ces stratégies sont beaucoup plus accessibles qu’une multiplication par 1,5. On les écrit sur une carte-mémoire avec un petit exemple.
Étape 4 : passer par l’unité
Quand les nombres ne se doublent pas facilement, on cherche la valeur pour 1. Si 3 cahiers coûtent 6 €, un cahier coûte 6 ÷ 3 = 2 €. Pour 5 cahiers : 5 × 2 = 10 €. Cette méthode, appelée passage par l’unité ou règle de trois, est écrite en trois lignes, toujours dans le même ordre. La calculatrice peut faire les calculs : l’important est de savoir lesquels faire. Lire aussi la proportionnalité.
Proportionnel ou pas ?
Toutes les situations ne sont pas proportionnelles. L’âge et la taille d’un enfant ne le sont pas : à 10 ans, on ne mesure pas deux fois plus qu’à 5 ans. Le prix d’un ticket de bus qui reste le même pour un ou deux arrêts non plus. On propose régulièrement des situations à trier : « si on double l’une, est-ce que l’autre double aussi ? ». Cette question simple est la clé.
Les situations de la vie
Les prix au marché, les recettes, les distances parcourues à vitesse constante, la consommation d’essence, les échelles de plan sont autant de situations proportionnelles. Les relier à la vie de l’enfant donne du sens et de la motivation. Lire aussi la vitesse et la dyscalculie.
Vérifier avec le bon sens
Avant de calculer, on se demande : la réponse doit-elle être plus grande ou plus petite ? Pour plus de personnes, il faut plus de farine. Après le calcul, on contrôle : si 3 cahiers coûtent 6 €, 5 cahiers doivent coûter un peu moins du double, donc moins de 12 €. Ce réflexe repère les erreurs d’opération.
Exercices adaptés
- Recette pour 4 : 200 g de farine. Combien pour 8 ? Pour 2 ?
- Avec le tableau : combien de farine pour 6 personnes ?
- 3 cahiers coûtent 6 €. Combien coûte 1 cahier ? Et 5 cahiers ?
Corrigé. 1. 400 g ; 100 g. 2. 100 + 200 = 300 g. 3. 2 € ; 10 €.
Toujours appliquer la même flèche aux deux lignes du tableau.
Présenter la fiche
- Tableau à deux lignes en couleur, flèches prévues.
- Situations courtes, une question à la fois.
- Images des objets de la situation.
- Police sans empattement (Arial, Verdana), grande taille, pas d’italique.
- Interligne 1,5, texte aligné à gauche.
- Consigne courte, une seule demande, mots-clés en gras.
- Peu d’exercices par page.
Voir aussi les fiches de maths adaptées DYS.
Construire un aide-mémoire personnel
Fabriquez avec l’enfant sa propre fiche-outil sur la proportionnalité : un tableau fléché modèle, les stratégies « doubler, partager, additionner », les trois lignes du passage par l’unité et la question « si je double l’un, l’autre double-t-il ? ». Il choisit les couleurs, dessine les petits schémas et écrit les mots-clés avec ses mots. Un outil de référence qu’il a construit lui-même est bien mieux compris et bien plus utilisé qu’une affiche toute faite. Il le garde dans sa farde ou sa trousse et peut le consulter en classe comme à la maison, sans gêne.
Une séance de vingt minutes
Cinq minutes autour d’une vraie recette ou d’un ticket de caisse ; dix minutes de tableau fléché ; cinq minutes pour trier des situations proportionnelles ou non. Le lien avec la vie quotidienne est essentiel pour donner du sens.
Une aide ajustée pendant les devoirs
Pendant les devoirs, l’adulte peut apporter une aide ajustée sans faire à la place de l’enfant : lire la consigne à voix haute, tenir l’outil pendant qu’il place un point, écrire sous sa dictée quand l’écriture le fatigue, ou accepter une réponse orale. L’objectif est qu’il puisse montrer ce qu’il a compris. On réduit l’aide petit à petit, à mesure que l’enfant gagne en assurance.
Corriger avec bienveillance
Lors de la correction, soulignez d’abord tout ce qui est juste, puis montrez précisément l’étape où l’erreur s’est glissée : « ton tableau est bien rempli, mais tu as ajouté 2 au lieu de multiplier par 2 ». L’enfant comprend que la méthode est en place et qu’il s’agit d’une petite erreur, pas d’un échec. Évitez de faire tout recommencer : corrigez seulement l’étape concernée, puis félicitez la réussite.
Aménagements raisonnables
La calculatrice, le tableau fléché pré-tracé, la carte-mémoire des stratégies et le temps supplémentaire sont des aménagements raisonnables possibles. Ils se décident avec l’enseignant, le centre PMS et le logopède. Lire aussi les aménagements DYS au CEB.
Au marché
Au marché, faites calculer le prix de 2 kg de pommes quand 1 kg coûte 3 €, ou de 3 kg. Le tableau fléché peut être dessiné sur un petit carnet.
Avancer par étapes
Commencez par des doubles et des moitiés, puis ajoutez l’addition de colonnes, et seulement ensuite le passage par l’unité.
En résumé
Partir d’une vraie recette, utiliser un tableau fléché, doubler, partager et additionner, passer par l’unité si nécessaire, trier les situations proportionnelles et vérifier avec le bon sens : la proportionnalité devient concrète pour l’enfant dyscalculique.
Questions fréquentes
Comment expliquer la proportionnalité à un enfant dyscalculique ?
Avec une vraie recette : pour deux fois plus de personnes, il faut deux fois plus de chaque ingrédient.
À quoi sert le tableau fléché ?
À montrer que l’on applique la même opération aux deux lignes.
Qu’est-ce que le passage par l’unité ?
Chercher la valeur pour 1, puis multiplier : si 3 cahiers coûtent 6 €, 1 cahier coûte 2 €.
Toutes les situations sont-elles proportionnelles ?
Non : l’âge et la taille, par exemple, ne le sont pas.
La calculatrice est-elle autorisée ?
Oui, l’important est de choisir les bons calculs.

