Pourquoi le rekenrek convient si bien
La dyscalculie se manifeste souvent par un comptage un par un qui persiste longtemps : pour 8 + 5, l’enfant recompte tout depuis 1, ou compte 5 bonds sur ses doigts. Ce comptage est lent, fatigant et source d’erreurs. Le rekenrek montre les nombres sous forme de groupes : 5 rouges, 5 blanches, une tige de 10. Il aide l’enfant à voir les quantités structurées, première étape pour s’en libérer. C’est un outil recommandé par de nombreux logopèdes. Lire aussi aider un enfant dyscalculique.
Les signes à repérer
- L’enfant pousse les perles une par une en comptant.
- Il recompte tout depuis 1 pour lire une quantité.
- Il ne s’aide pas des couleurs.
- Il ne voit pas que 5 rouges forment un groupe.
- Il compte encore sur ses doigts pour 5 + 2.
Étape 1 : uniquement jusqu’à 5
On commence avec une seule tige et seulement les cinq perles rouges. L’adulte montre 1, 2, 3, 4 ou 5 perles, l’enfant dit combien il en voit. Puis c’est l’enfant qui montre une quantité en un seul geste. On reste à cette étape jusqu’à ce que les quantités jusqu’à 5 soient reconnues sans compter. On peut cacher les perles blanches avec un carton pour ne pas distraire.
Étape 2 : 5 et encore
On découvre ensuite les nombres de 6 à 10 comme « 5 et encore » : 6 c’est 5 et 1, 7 c’est 5 et 2. L’enfant dit à voix haute « toutes les rouges et deux blanches ». Le mot « cinq » devient un repère solide sur lequel s’appuyer. Faites le lien avec la main : 7, c’est une main entière et 2 doigts. Cette structure par 5 est essentielle pour la suite.
Étape 3 : les quantités flash
L’adulte montre une quantité pendant deux secondes, puis cache le rekenrek avec un torchon. L’enfant dit ce qu’il a vu et explique comment : « J’ai vu 5 rouges et 3 blanches, ça fait 8 ». Le temps court empêche le comptage et oblige à utiliser la structure. Si l’enfant se trompe, on remontre sans limite de temps et on vérifie ensemble. Lire aussi les exercices visuels.
Étape 4 : les compléments à 10
Sur une seule tige, l’enfant pousse un nombre et regarde ce qui reste : « J’ai poussé 7, il en reste 3. » Il découvre les paires et peut les vérifier quand il veut. Le rekenrek devient un aide-mémoire vivant des compléments à 10. Lire aussi les compléments à 10 et la dyscalculie.
Étape 5 : les doubles sur deux tiges
Avec les deux tiges, on montre les doubles : 3 en haut, 3 en bas ; 5 en haut, 5 en bas (toutes les rouges !) ; 6 en haut, 6 en bas. L’enfant voit que 6 + 6, c’est 10 rouges et 2 blanches, donc 12. Les doubles deviennent des images faciles à retenir, et servent ensuite d’appui pour les presque-doubles.
Étape 6 : le passage de la dizaine, lentement
Le passage de la dizaine est souvent difficile. On le fait d’abord avec de vraies manipulations : 8 en haut, 5 en bas ; l’enfant déplace réellement 2 perles du bas vers le haut (on utilise un rekenrek où les perles peuvent passer, ou on refait le nombre). Il voit 10 en haut et 3 en bas. On répète beaucoup avant de passer à la version imaginée. Lire aussi les additions jusqu’à 20 et la dyscalculie.
Du rekenrek au dessin, puis à l’image mentale
Quand l’enfant manipule avec aisance, on passe à des fiches où le rekenrek est dessiné : il colorie les perles au lieu de les pousser. Ensuite, on lui demande de fermer les yeux et d’« imaginer » le rekenrek pour répondre. Cette transition peut prendre des mois : il ne faut pas retirer l’outil trop tôt. L’enfant peut revenir au matériel dès qu’il en a besoin.
Exercices adaptés
- Montre 4 en un seul geste avec les perles rouges.
- Flash : 5 rouges et 2 blanches. Combien ?
- Une tige : 6 perles poussées. Combien restent ?
- Deux tiges : 5 en haut et 5 en bas. Combien ?
Corrigé. 1. 4 perles rouges d’un coup. 2. 7. 3. 4. 4. 10.
Félicitez le geste unique et la stratégie, pas seulement la bonne réponse.
Adapter les fiches
- Rekenreks dessinés en grand, perles bien colorées.
- Une seule tige au début.
- Peu d’exercices par page.
- Rekenrek réel autorisé pendant les exercices.
- Pas de chronomètre, sauf pour le jeu flash à la maison.
Voir aussi les fiches de maths adaptées DYS.
Une routine de cinq minutes
Une minute de quantités flash ; une minute pour montrer des nombres en un geste ; deux minutes sur la notion du moment (compléments, doubles ou passage de la dizaine) ; une minute pour que l’enfant pose une question à l’adulte avec le rekenrek. Inverser les rôles est très motivant et montre ce que l’enfant a compris.
Aménagements en classe
L’enfant dyscalculique peut garder un rekenrek sur son banc pendant les exercices de calcul, et même lors de certaines évaluations. Ce n’est pas une triche : c’est un outil de compensation, comme des lunettes. Il est utile d’en discuter avec l’enseignant pour harmoniser l’utilisation à l’école et à la maison. Lire aussi les aménagements DYS au CEB.
Le rôle des parents
Un rekenrek fait maison, avec des perles et un carton, suffit pour s’entraîner. Le jeu des quantités flash peut se faire en voiture, à table ou avant le coucher. Restez attentif à la règle du geste unique, mais sans reproche : l’objectif est que l’enfant prenne plaisir à « voir » les nombres.
Quand demander de l’aide ?
Si l’enfant continue à compter les perles une par une après plusieurs semaines, ou si les quantités jusqu’à 5 ne sont toujours pas reconnues, parlez-en à l’enseignant ou au logopède. Un bilan peut préciser les difficultés liées au sens du nombre.
Le rekenrek et la confiance
Pour beaucoup d’enfants dyscalculiques, le rekenrek est le premier outil qui leur permet de répondre vite et juste. Ce sentiment de réussite est précieux : il redonne envie de faire des maths. Notez les progrès dans un petit carnet pour que l’enfant les voie.
Varier les supports
Pour que l’enfant ne dépende pas d’un seul objet, montrez les mêmes quantités avec la boîte à 10, les doigts et les dés. Il comprend ainsi que la structure par 5 est partout.
En résumé
Commencer jusqu’à 5, construire « 5 et encore », jouer aux quantités flash, voir les compléments à 10 et les doubles, passer la dizaine lentement et passer progressivement à l’image mentale : le rekenrek aide l’enfant dyscalculique à quitter le comptage un par un.
Questions fréquentes
Le rekenrek est-il adapté à la dyscalculie ?
Oui, il est particulièrement utile car il aide à voir les nombres en groupes de 5 et de 10 plutôt qu’à les compter.
Par quoi commencer ?
Par une seule tige et les cinq perles rouges, jusqu’à ce que les quantités jusqu’à 5 soient reconnues sans compter.
Que sont les quantités flash ?
Montrer une quantité pendant deux secondes puis la cacher, pour obliger à utiliser la structure plutôt que le comptage.
L’enfant peut-il utiliser le rekenrek en classe ?
Oui, c’est un outil de compensation à discuter avec l’enseignant.
Quand retirer le rekenrek ?
Progressivement, quand l’enfant peut imaginer les perles, sans jamais lui interdire d’y revenir.

