Pourquoi c’est difficile
Pour un enfant dyscalculique, le nombre 10 n’est pas toujours perçu comme un tout que l’on peut couper en deux parties. Il voit souvent des objets à compter un par un, sans structure. Les compléments à 10 demandent justement de « voir » que 7 et 3 sont les deux morceaux de 10. La mémoire des faits numériques est aussi souvent fragile : un complément appris lundi peut être oublié jeudi. Il faut donc beaucoup de manipulation et de répétition, sans pression de temps. Lire aussi aider un enfant dyscalculique.
Les signes à repérer
- L’enfant recompte tout sur ses doigts à chaque fois.
- Il confond le complément et le double (7 → 7).
- Il connaît 7 + 3 mais pas 3 + 7.
- Il se trompe d’une unité en comptant.
- Il oublie d’un jour à l’autre.
Étape 1 : construire 10 avec deux couleurs
On commence par fabriquer des barres de 10 cubes emboîtables avec deux couleurs : 7 rouges et 3 bleus, 6 rouges et 4 bleus… L’enfant compare les barres : elles ont toutes la même longueur, mais pas la même répartition des couleurs. Il découvre concrètement que 10 peut se couper de plusieurs façons. On aligne toutes les barres les unes sous les autres : on voit un « escalier » de couleurs qui montre la régularité.
Étape 2 : la boîte à 10
La boîte à 10, deux rangées de cinq cases, est l’outil clé. L’enfant place des jetons et dit combien de cases restent vides. Grâce à la structure par 5, il reconnaît les quantités sans compter : 7, c’est une rangée pleine et 2. Il voit donc qu’il reste 3 cases. On répète avec toutes les quantités, dans le désordre, jusqu’à ce que la réponse vienne sans compter les cases vides.
Étape 3 : les doigts structurés
Les doigts restent un bon outil, à condition de les utiliser de manière structurée : 7, c’est une main entière et 2 doigts, sans les compter un par un. Les doigts baissés donnent le complément. Petit à petit, on demande à l’enfant d’imaginer ses mains sans les regarder, puis de répondre sans les utiliser. Interdire les doigts trop tôt crée de l’anxiété : on les retire progressivement.
Étape 4 : un aide-mémoire visuel
Une carte-mémoire montre les six paires, chacune avec une boîte à 10 coloriée en deux couleurs. L’enfant la garde dans sa trousse et peut la consulter librement. Paradoxalement, avoir le droit de regarder aide à mémoriser : à force de vérifier, il finit par ne plus en avoir besoin. On peut aussi associer chaque paire à une image ou une couleur fixe. Lire aussi les exercices visuels.
Étape 5 : apprendre par petits groupes
On n’apprend pas les six paires d’un coup. On commence par 5 et 5 (le double, souvent connu) et 9 et 1 (le plus proche de 10), puis 8 et 2, puis 7 et 3, puis 6 et 4. On ajoute une nouvelle paire seulement quand les précédentes sont solides. On fait toujours dire la paire dans les deux sens : « 7 et 3, 3 et 7 ».
Étape 6 : des jeux très courts
Le memory des amis de 10 avec seulement 4 ou 6 cartes au début, le jeu du gobelet (on cache des jetons de la boîte à 10 sous un gobelet, l’enfant devine combien sont cachés), la bataille du 10 sans chronomètre. Trois à cinq minutes suffisent. Il vaut mieux arrêter quand l’enfant réussit que quand il est fatigué. Lire aussi les jeux de maths pour enfants dys.
Vers le passage de la dizaine
Quand les compléments sont solides, on les utilise pour passer la dizaine, toujours avec la boîte à 10 : pour 8 + 5, on remplit d’abord la boîte avec 8 jetons, on ajoute 2 jetons pour la compléter, puis on met les 3 jetons restants dans une deuxième boîte. L’enfant voit 10 et 3, donc 13. Ce passage demande du temps et ne doit pas être précipité. Lire aussi les additions jusqu’à 20 et la dyscalculie.
Exercices adaptés
- Avec la boîte à 10 : 6 jetons. Combien de cases vides ?
- Avec les barres de cubes : 8 rouges. Combien de bleus pour faire 10 ?
- Dis la paire dans les deux sens : 9 et … ; … et 9.
Corrigé. 1. 4. 2. 2. 3. 9 et 1 ; 1 et 9.
Toujours vérifier avec le matériel, même si la réponse est juste.
Adapter les fiches
- Boîtes à 10 dessinées à côté de chaque calcul.
- Une ou deux paires par fiche au début.
- Grands caractères, peu d’exercices par page.
- Carte-mémoire des paires autorisée.
- Pas de chronomètre.
Voir aussi les fiches de maths adaptées DYS.
Une routine de cinq minutes par jour
Une minute pour réviser les paires connues avec la carte-mémoire ; deux minutes de jeu du gobelet avec la boîte à 10 ; une minute pour la nouvelle paire avec les barres de cubes ; une minute pour dire toutes les paires connues à voix haute. La régularité quotidienne compte bien plus que la durée.
Aménagements en classe
L’enfant peut garder sa carte-mémoire des compléments, disposer d’une boîte à 10 et de jetons, et ne pas être soumis aux exercices chronométrés. On évalue la compréhension et la stratégie, pas la vitesse. Ces aménagements peuvent être prolongés aussi longtemps que nécessaire. Lire aussi le calcul mental adapté aux dys.
Le rôle des parents
À la maison, les boîtes d’œufs de 10, les quilles, les doigts des deux mains sont autant de supports. Un petit jeu de devinettes au coucher (« J’ai 6 doigts levés, combien en ai-je baissés ? ») suffit à entretenir les compléments. Soyez patient : les oublis sont normaux en cas de dyscalculie, et la répétition finit par payer.
Quand demander de l’aide ?
Si, après plusieurs semaines de travail régulier, l’enfant ne parvient toujours pas à retenir les compléments même avec le matériel, parlez-en à l’enseignant ou au logopède. Un bilan peut préciser les difficultés et orienter le travail.
Utiliser les compléments au quotidien
Les compléments deviennent solides quand ils servent vraiment. Au goûter, on partage 10 biscuits entre deux assiettes de toutes les façons possibles ; en rangeant les crayons, on vérifie combien il en manque pour faire un paquet de 10. Ces petites situations concrètes, répétées, donnent du sens à ce que l’enfant apprend.
Accepter les oublis
Un complément su un jour peut être oublié le lendemain : c’est normal en cas de dyscalculie. On revient simplement au matériel, sans reproche, et on recommence.
En résumé
Barres de cubes en deux couleurs, boîte à 10, doigts structurés, carte-mémoire, apprentissage paire par paire et jeux très courts : les compléments à 10 deviennent accessibles à l’enfant dyscalculique, et ouvrent la porte au calcul mental.
Questions fréquentes
Pourquoi mon enfant dyscalculique n’arrive-t-il pas à retenir les compléments à 10 ?
Parce que la dyscalculie touche souvent la mémoire des faits numériques et la perception de 10 comme un tout. Il faut beaucoup de manipulation et de répétition.
Quel matériel utiliser ?
La boîte à 10, des cubes emboîtables de deux couleurs et les doigts utilisés de façon structurée.
Faut-il interdire les doigts ?
Non, on les retire progressivement quand l’enfant visualise les quantités.
Peut-il garder un aide-mémoire ?
Oui : consulter la carte-mémoire aide à mémoriser et réduit l’anxiété.
Combien de temps par jour ?
Cinq minutes par jour suffisent, avec une grande régularité.

